Le club Darwin
Vous aimez mon dessin ? Non, hein ?
Alors, je fais appel à vous, qui savez faire, qui aimez faire et qui le faites bien.
J’ai besoin de vos talents, de vos idées et de votre savoir-faire pour un fanzine (ou plus si affinités) sur un thème un peu… euh… morbide.
On dit souvent que le ridicule ne tue pas. Mais parfois, c’est faux. Les Darwin Awards récompensent chaque année des personnes ayant eu les morts les plus idiotes (ou les « auto-stérilisations » les plus idiotes), en guise de remerciement pour épargner la transmission de leur stupides gènes à l'espèce humaine...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Darwin_Awards et http://www.darwinawards.com/
Je n'adhère pas spécialement à ce concept de « sélection naturelle », mais pourquoi ne pas détourner ce concept du prix Darwin en club Darwin : un club où vous proposez, par le biais d’une illustration, d’une bande-dessinée, d’une photo ou d’un roman-photo, la candidature de votre personnage principal, que vous aurez donc tué d’une façon stupide.
A coups de crayons, de pinceaux, de palette graphique, d’appareil photo ou tout autre arme de votre choix, qui auriez-vous envie de buter, comment et pourquoi ? Qui serait unE bonNE candidatE pour entrer au club Darwin ? Vous sentez la pression, sur vos épaules ?
Envoyez-moi vos bande-dessinée, roman-photo, dessin ou mise en scène photographique (en noir et blanc), par mail, à petroleuseonline@gmail.com
Je me charge ensuite de trouver des « illustratrices/illustrateurs textuels » ensuite, si nécessaire. Si vous avez déjà quelqu'unE en tête, n'hésitez pas à venir en binôme.
Une fois tous les visuels et tous les textes réunis, ça donnera un joli fanzine, avec plein de pages !
Les propositions de cooptations pour le Club Darwin sont ouvertes jusqu’au le 29 février 2012
Envoyez-moi vos visuels à petroleuseonline@gmail.com
(Faites tourner cet appel à illustrations - Faites tourner cet appel à illustrations)
== Publicité ==
Grande foire aux monstres ! (Appel à textes)
Femme à barbe, homme-chien cyclope, hydre, siamois, hydrocéphale, géantE... Venez voir nos monstres et curiosités humaines ! Entrez voir l’enfant sans os ou la tortue humaine ! Ou peut-être pensez-vous pouvoir prendre place sur l’estrade…
C'est une évidence de dire que nous vivons une époque où l'apparence occupe une place importante dans nos vies. Il faut être conforme, originalE, mais dans tous les cas, esthétiquement agréables à regarder. Enfin, c'est mieux. Pour avoir des amours, un travail, être payéE correctement, être traitéE correctement...
Des solutions nous sont offertes aujourd'hui pour maîtriser, éviter, soigner la monstruosité humaine et pourtant... Qui sont les monstres d'aujourd'hui ? Si une personne (ou plusieurs) décidai(en)t d'exposer quelques spécimens dans des baraques pour gagner de l'argent, animer le samedi soir des « autres »… qui serait dans les baraques ? Qui paierait pour y entrer ?
Femme à barbe, homme-chien, cyclope, hydre, siamois, hydrocéphale, géantE... Qui seraient ces monstres ?
Et que seraient-ils ? Des erreurs de la nature, des êtres d'exception, le résultat d’une relation zoophile ou les conséquences d’un cauchemar de femme enceinte ? La résurgence de la bête dans l’humain ? Seraient-ils/elles des menaces ou des fardeaux ?
Trop de bras, pas de jambes, pas assez grands, trop de poils, trop de chair, pas assez de peau… déséquilibres vivants, les monstres sont ce que les « autres » ne veulent pas être, car du déséquilibre au désordre, il n’y a qu’un pas, que sans jambes, on peut tout de même faire.
Sur ce principe d’une foire aux monstres, vous êtes donc invitéEs à proposer une nouvelle sur ce thème, mais attention ! Vous faites partie d’une troupe qui donne un spectacle, il y a donc des règles et une mise en scène :
Dans chaque nouvelle, un numéro (simple exhibition ou démonstration des capacités) doit avoir lieu. Le personnage du monstre doit se trouver dans la baraque de la foire à un moment de l’histoire. Il peut s’agir d’un souvenir, d’une vision de l’avenir ou d’un événement présent, qu’importe, tant que le texte présente, d’une manière ou d’une autre, le numéro du monstre.
Chaque lectrice/lecteur, en tournant les pages, entrera dans chaque baraque et découvrira chaque fois un texte.
Pour le reste, longueur de la nouvelle, contexte historique, aucune consigne n’est imposée.
Si vous choisissez de parler de plusieurs monstres, il faut qu’ils/elles présentent des caractéristiques leur permettant d’être associéEs dans un seul numéro (pour les besoins de la mise en scène, toujours).
Les nouvelles retenues figureront ensuite dans un recueil illustré.
La date limite de rendu des textes est fixée au 29 février 2012.
Envoyez vos nouvelles à petroleuseonline@gmail.com
CertainEs d'entre vous ont participé au recueil « Pendant que vous dormez », galerie de zombies femelles enragées ou plus mortes que vives, d'autres découvriront à l'occasion de cet appel à textes le résultat de toute cette énergie collective ici : http://pendantquevousdormez.jimdo.com/
« La Foire aux monstres » n’aura sans doute pas exactement la même forme, mais le principe sera le même : un livre, des nouvelles, des illustrations et des surprises !
Venez toutes et tous à la foire aux monstres ! Spectatrices, spectateurs, monstres ou bateleurs, narratrices ou narrateurs, rejoignez la « monstrueuse parade » !
Sluttie au bain
(Pour lire le premier chapitre, "Sluttie : la rencontre", c'est ici)
Après plusieurs heures de voiture sous la pluie, la maîtresse se sentait épuisée. Son petit passager l’était aussi, mais lui s’était endormi depuis un bon moment. Elle l’avait entendu couiner durant son sommeil ; son petit corps velu tremblait, les pattes aux tendres coussinets écorchés moulinaient parfois dans le vide…
Elle posait alors une main légère sur le chiot, lui parlait doucement de sa belle voix grave. Les premières fois, il s’était réveillé avec un jappement de surprise, la queue fermement enroulée autour de sa patte arrière gauche. Mais sur la fin, elle n’avait plus qu’à dire « Allons, allons » pour l’apaiser tout à fait.
Quelle vie avait eue ce minuscule corniaud pour cauchemarder ainsi et sursauter à la moindre caresse ?
Elle prit bien soin de l’envelopper dans la serviette de bain usagée sur laquelle il avait dormi avant de le sortir de la voiture. Le chiot sous un bras, sa valise à roulettes derrière elle, la maîtresse rentra chez elle.
Seule la tête du corniaud émergeait du tissu éponge, sa minuscule truffe luisante frémissait. L’odeur de la maîtresse flottait partout, il ne se débattit pas.
Elle laissa la valise contre un mur pour libérer son autre main. Elle n’avait envie que d’une chose : un bain. Mais avant ça, elle voulait laver le petit bâtard puant qu’elle avait ramassé.
Pas question de le laisser mettre de la graisse et de l’urine partout. Elle alluma le chauffage et fit donc couler l’eau dans sa baignoire, le chien toujours sous le bras, comme une pochette de soirée ;
Lui ne bougeait pas, la truffe en alerte, plus curieux qu’apeuré. Au creux de la grande main chaude, il sentait son cœur battre à toute vitesse. Un cœur de lapin ou de grenouille. Un cœur de petit chien abandonné.
La maîtresse sortir une vieille éponge d’un placard.
« Voilà, on va dire que ce sera ta serviette particulière. »
Il l’observait passionnément.
« Et j’espère que tu aimes l’eau… »
Elle parlait sans le regarder, il ne comprenait pas si elle s’adressait à lui ou pas, mais elle le gardait sous le bras, tout contre elle. Il sentait toujours sa grande main chaude contre son ventre. Il avait déroulé sa queue et se mit à l’agiter frénétiquement.
La maîtresse le remarqua avec un sourire et lui ébouriffa les poils de sa main libre.
« On se détend, on disait ! Allez, au bain.. »
Sluttie n’aima pas la sensation de fraîcheur quand elle lui retira la serviette sale, mais il aimait bien que la maîtresse ne le pose pas sur le sol et fasse tout ce qu’elle avait à faire en le manipulant d’une seule main, comme un petit accessoire poilu. Il ralentit tout de même le rythme de ses battements de queue.
La maîtresse vérifia la température, saisit l’animal et lui fit passer le rebord de la baignoire. Elle ne voulait pas le plonger dans l’eau par surprise, aussi lui présenta-t-elle un peu de liquide fumant dans son autre main. Maintenu au-dessus de l’eau, le petit chien lapa timidement ce que lui présentait la maîtresse. Il avait de nouveau enroulé sa queue autour de sa patte arrière gauche et lui lançait des regards pitoyables…
« Allons, tu vois bien, c’est juste de l’eau. Et après, tu vas sentir bon. »
La queue desserra un peu son étreinte.
« Et ce ne sera pas dommage ! Parce que tu pues comme une poubelle de McDo, sale petit ange déchu ! »
Elle lui mit le bout des pattes dans l’eau. Il gémit, se mit à pédaler dans le vide, sans conviction. Il avait peur, mais n’avait pas envie de décevoir la maîtresse… Puis soudain, il fut dans l’eau chaude, jusqu’en haut des pattes. Il regarda la maîtresse qui lui souriait.
Elle prit de l’eau dans sa main et la fit couler sur son dos. C’était chaud. Et agréable. Alors, il but un peu, puis lécha le bras de la maîtresse, qui le maintenait au milieu de la baignoire, une main sur son poitrail étroit.
Elle continua jusqu’à ce qu’il fut complètement trempé. Les poils plaqués par l’eau, il semblait encore plus maigrichon… Pauvre petit Sluttie…
Et tandis qu’elle prenait son flacon de shampoing doux aux figues, elle pensait à ce qu’elle allait bien pouvoir lui donner à manger.
Le chiot clignait des yeux, heureux comme tout, immobile. La sensation du shampoing froid sur son dos le fit japper. Qu’est-ce que c’était encore ? Qu’est-ce qui arrivait à son dos ? Puis il sentit la grande main chaude sur tout son corps, elle étalait la chose, mais c’était agréable, maintenant.
La maîtresse fit bien mousser le shampoing partout. Elle voulait surtout se débarrasser de l’odeur de déchets et d’urine, dégraisser les poils… Pour ça, il fallait que le chien se tienne tranquille, alors elle le massa lentement, en le cajolant de sa voix grave.
Le chiot vacillait presque tant il se laissait aller sous la caresse. Il tendait le coup de plaisir et son petit menton plongeait dans l’eau au rythme du va-et-vient de la grande main.
Il se tenait bien tranquille, alors la maîtresse prit une brosse à ongles et s’en servit pour démêler les paquets de poils encore graisseux. Elle retirait des paquets de saletés, plongeait la brosse dans l’eau d’une main énergique, la ressortait propre et recommençait. S’il avait pu ronronner, Sluttie l’aurait fait.
Elle passa partout, sur la tête, sur le dos, la queue, elle lui fit sortir une patte après l’autre et passa doucement entre ses coussinets, elle lui nettoya l’intérieur des oreilles, lui fit une crête savonneuse et éclata de rire devant la tête de ce petit rat mouillé qui la regardait avec ses grands yeux éperdus… Elle installa ensuite les deux petites pattes avant sur le rebord de la baignoire, pour s’occuper du ventre du chiot. Elle le brossait à peine depuis quelques secondes qu’apparut une nouvelle fois la toute petite queue rose.
« OK… Bon, tu m’excuseras, mon mignon, mais ça va faire beaucoup pour une seule femme dans une seule journée. »
Sluttie se tenait toujours agrippé au rebord de la baignoire, n’osant plus bouger. Elle profita de ce qu’il gardait la pose pour retirer la bonde et le rincer rapidement à l’aide du pommeau de douche tandis que la baignoire se vidait. Le chiot était tout propre. Elle le saisit et le déposa sur la serviette qu’elle avait sortie à son attention. Elle l’épongea puis s’occupa de la faïence.
Le petit bâtard se léchait consciencieusement, s’attardant évidemment sur son érection ridicule.
Elle le laissa faire, mi-résignée, mi-amusée.
Elle n’avait plus qu’une seule envie, dans la vapeur de la salle de bain : plonger à son tour dans un bain, bien chaud, avec de la mousse…
Elle refit couler de l’eau, versa un peu de bain moussant, des sels, sortit des serviettes propres pour elle, rapprocha son peignoir et se déshabilla.
Le petit chien gardait un œil sur elle sans cesser de lécher son pelage maintenant débarrassé de sa crasse malodorante. L’odeur fruitée de ses poils le gênait un peu, aussi se désintéressa-t-il progressivement de son minuscule pénis rose pour retrouver son odeur de chien. Il fouillait ses poils de ses incisives, fronçait son petit museau, soufflait fort dans sa fourrure.
La maîtresse entra dans son bain. Elle s’allongea, poussa un soupir de bien-être et ferma les yeux… En fond sonore, bruits mouillés de succion d’un petit chien qui finissait sa toilette à sa manière. Elle sourit, les yeux toujours clos. Elle ressentait pour cette petite bête sortie d’une poubelle un attendrissement qui l’amusait, même s’il signifiait qu’elle finirait probablement par garder ce corniaud dépravé.
Elle se laissait aller, s’enfonçait avec bonheur dans l’eau parfumée, de la mousse jusqu’au menton.
Elle regretta de ne pas avoir pris avec elle un verre de vin, mais pas au point d’aller en chercher un.
Du sol montaient à présent des petits gémissements. Elle jeta un œil et ne fut même plus surprise de voir Sluttie en train de se masturber frénétiquement sur la serviette humide roulée en boule.
Mais quand même, si le petit chien avait pu éviter de la dévorer des yeux pendant qu’il s’arc-boutait en rythme… Elle allait finir par se sentir harcelée. Et d’abord, avait-il cette manie avant de la rencontrer ou était-ce elle qui provoquait cet état d’excitation permanente ?
Sluttie vit qu’elle le regardait et se figea. Peut-être crut-il lire une invitation dans les yeux de la maîtresse. Toujours est-il qu’il délaissa son accessoire érotique, voulu sauter par-dessus le tissu ramassé, mais son sexe toujours tendu se prit dans un des plis de la serviette éponge et il s’étala dans un jappement de douleur ou de plaisir, impossible de savoir.
La scène était tellement pitoyable que la maîtresse n’eut pas le cœur à rire. Elle sortit un bras de l’eau et souleva le petit chien d’une main pour le remettre sur ses pattes. Celui-ci, toujours turgescent, en profita pour reprendre sa course et sauta maladroitement par-dessus le rebord de la baignoire et plongea, tête la première….
« Oh non ! »
Ma maîtresse aurait voulu s’enfoncer dans l’eau chaude, fermer les yeux et laisser toute la tension se dissoudre lentement… Au lieu de ça, elle avait entre les jambes un corniaud en rut, pas foutu de sortir la tête de la mousse pour respirer.
Elle l’attrapa par la peau du cou et le sortit à l’air libre, les pattes arrière frôlant la surface de l’eau. La petite bête, le poil plaqué sur son corps maigrelet, de la mousse plein les oreilles et les yeux, aspirait l’air, donnait des coups de langue en direction de la maîtresse.
Elle prit appui sur le rebord de la baignoire et déposa le chien sur le carrelage. Mais Sluttie ne l’entendait pas ainsi. D’abord, sur le carrelage, il faisait froid. Et puis ça glissait. Et le corps de la maîtresse n’y était pas. L’eau sentait bon. Elle sentait le propre, les fleurs en bouteille, mais aussi son odeur à elle.
« Oh, mais c’est pas vrai ! »
A peine venait-elle de se rallonger dans l’eau chaude que l’animal avait fait un autre plongeon. Il se coinça entre la hanche de la maîtresse et le bord de la baignoire et, dans sa panique, griffa la peau tendre de la baigneuse.
Ellle lui sortit une fois de plus la tête de l’eau et la déposa cette fois sur ses jambes, dans l’eau, lui évitant de boire la tasse une troisième fois. Elle se rallongea précautionneusement, le laissant s’installer, pataud et haletant.
Le petit chien trébucha, reprit son souffle et décida de s’allonger face à la maîtresse. Mais chaque fois qu’il voulait poser sa tête, juste en haut des cuisses, sa truffe se retrouvait certes près de la source de l’odeur fabuleuse, mais aussi sous le niveau de l’eau… Il fit plusieurs tentatives avant de comprendre qu’il ne pourrait pas poser sa tête à cet endroit.
Elle le laissa faire, patiente. Il la distrayait de ses pensées, l’aidait à faire le vide. Elle fronçait simplement un peu les sourcils quand les griffes usées du corniaud lui égratignait la peau. Même trempé, maintenant que son poil était débarrassé des résidus de graisse et de crasse, il était doux et tellement léger. Et son regard énamouré l’amusait et la réconfortait. Il la fixait, le souffle plus calme. Il avait une bouclette de poils qui lui ponctuait le menton, mignonne barbichette couleur caramel. Elle eut une bouffée d’affection pour cette petite bête et d’un coup, le serra contre ses seins et couvrit sa petite tête de baisers sonores.
« Je vais te garder, si ça se trouve… t’es mignon et ridicule, ridicule et mignon, complètement cinglé, t’es rien qu’un petit bâtard priapique ! »
Elle leva la petite chose trempée et visiblement ravie à hauteur de ses yeux.
« Et que je te garde ou non, il va falloir te faire perdre cette habitude d’avoir ton asticot en joie en permanence, Sluttie. »
Tout à son bonheur de se sentir aimé, le petit chien exhibait de nouveau son minuscule pénis couleur framboise écrasée, juste à hauteur du visage de la maîtresse.
Celle-ci hésita quelques secondes, puis reposa le petit chien entre ses jambes.
De toute façon, elle l’aurait posé sur le carrelage qu’il aurait sauté aussitôt pour retourner dans l’eau.
Elle n’avait jamais eu de chien, toujours des chats, étant enfant. Aurait-elle envie de s’occuper d’un chien ? Surtout que celui-ci avait visiblement besoin d’un solide dressage. Etait-il seulement propre ? Allait-il être un de ces chiots traumatisés qui multiplient les bêtises pour avoir de l’attention. Serait-il fugueur ? Et il n’avait sûrement pas été vacciné, il pouvait même être malade…
Elle se dit qu’il faudrait prendre rendez-vous chez un vétérinaire pour examiner tout ça. Peut-être qu’il existait aussi une solution pour calmer les ardeurs du chiot. Elle trouvait ça drôle, mais ça faisait seulement une poignée d’heures qu’elle l’avait accueilli et il s’était masturbé quoi ? Cinq ? Six fois ?
« Sept… » dit-elle à voix haute. Toute à ses réflexions, elle n’avait pas prêté attention aux mouvements saccadés du chiot jusqu’à ce que, l’eau rendant la peau de la maîtresse glissante, il finisse par passer de ses cuisses à ses pieds.
Elle resta étendue dans l’eau chaude, croisa les bras derrière la tête et elle regarda la petite bête se faire plaisir contre ses pieds. Elle eut la pensée fugace qu’il n’était peut-être pas pertinent de laisser faire sans réagir en matière d’éducation canine, mais l’énergie sexuelle du chiot l’amusait en même temps qu’elle l’intriguait. Que se passait-il dans cette minuscule tête, momentanément ornée du barbichette d’intellectuel ?
A en croire les petits yeux marrons, il ne se passait pas grand-chose… Elle lu de l’urgence, du plaisir, de l’angoisse, aussi.
La maîtresse le regardait. Il ne pouvait pas s’arrêter, il aurait voulu rester en haut de ses jambes, là où son odeur était la plus affolante. Il avait fait attention à ne pas griffer la peau sans poils de la maîtresse, il avait vu qu’elle montrait les dents quand il le faisait. Mais sans griffes, impossible de ne pas glisser.
Là, il était bien, les pattes de la maîtresse faisant comme un butoir de chair, juste contre son arrière-train, il pouvait donc bouger aussi vite qu’il voulait pour se frotter contre les pieds, les chevilles, les orteils. L’eau faisait un clapotis régulier qui, pour une raison inexplicable, lui donnait envie de se frotter encore plus fort et plus vite.
Il levait son petit derrière poilu au-dessus du niveau de l’eau, pour partir du bout des orteils, le dos arrondi puis creusé le plus possible pour plaquer son ventre brûlant sur la peau douce et trempée de la maîtresse. C’était parfait, il se frottait, remontait, se frottait, remontait et soudain, un miracle, un hasard et une délicieuse douleur le firent japper.
Son minuscule pénis turgescent s’était glissé entre deux doigts de pied. Le petit chien eut l’air si stupéfait que la maîtresse se mit à rire encore.
Et le petit chien, après avoir poussé son couinement bref, s’adapta parfaitement à la situation : il laissa sa mignonne petite queue rose là où elle était et la fit coulisser de plus en plus vite. Le museau au ras de l’eau, les pattes arrière jointes sur une seule cheville, les pattes avant entourant fermement un mollet, il semblait pris de spasmes tellement ses mouvements étaient devenus minimalistes, pour ne surtout pas sortir son pénis de là où il s’était glissé.
« Mais c’est fou, quand même… petit détraqué que tu es… sale petit obsédé… Sluttie dog… Sluttie, Sluttie, Sluttie… »
La maîtresse murmurait. Elle le regardait, mais ne bougeait pas. Il bougea les oreilles en rythme, il entendait qu’il y avait des sons qui revenaient, des sons qu’il pourrait reconnaître si elle les lui disait encore et encore. Il se mit à bouger en suivant la psalmodie chuchotée de la maîtresse ; « Sluttie, Sluttie, Sluttie… » Elle leva un sourcil et se tut.
Le petit chien continua, appliqué, à se branler entre ses deux orteils. Elle était sortie de sa rêverie, mais la chaleur du bain l’avait engourdie et elle resta immobile…
Ce furent les fourmis dans son mollet qui la sortirent de sa torpeur.
Elle essaya de bouger doucement son pied pour faire partir la sensation désagréable, mais malgré ses précautions, le chien fut tout de même déséquilibré.
Il gémit sous l’effet de la douleur. Son petit pénis, bien calé entre deux orteils, l’avait empêché de glisser totalement, mais la sensation n’avait pas été des plus agréables. Surprise, la maîtresse plia la jambe pour le rattraper, mais il but tout de même la tasse. Bien agrippé à la jambe de la maîtresse, la tête relevée au maximum pour garder la tête hors de l’eau, il continua à s’arc-bouter en rythme. Il soufflait des gouttelettes d’eau savonneuse par ses minuscules narines, mais n’aurait changé de position pour rien au monde.
Il sentit que l’espace où coulissait sa petite queue rose se faisait plus étroit, jusqu’à totalement l’empêcher de bouger. Il était pris au piège, à califourchon sur la jambe de la maîtresse. Il la sentit plier, le pied s’enfonça doucement sous la surface de l’eau… et lui avec.
Le petit chien couina, mais eut à peine la tête sous l’eau qu’il remonta à la surface. Il était toujours pris au piège, dans une position bien moins confortable qu’auparavant, presque à la verticale, le dos creusé et la truffe au ras de l’eau. Il lui fallait se cramponner de toute la force de ses maigres pattes pour ne pas glisser.
Les fourmis avaient disparu. La maîtresse renversa la tête et laissa échapper un soupir de bien-être. Son petit animal accroché à sa jambe, elle était bien. Elle sentait la fourrure ventrale de la bête sur sa peau. C’était doux et chaud, plutôt agréable.
Elle se mit à chantonner distraitement, ses mains ramenant de la mousse sur ses seins. Elle ferma les yeux, battant la mesure du pied.
Sluttie resta figé. S’il bougeait, il plongeait. Il était presque sûr que la maîtresse le sortirait de l’eau rapidement, qu’elle ne le laisserait pas se noyer. Mais il ne voulait pas sortir de l’eau, il voulait qu’elle continue à bouger son pied autour de son pénis. A chaque mouvement, une onde de plaisir violent partait de son bas-ventre… et sa truffe se retrouvait dans l’eau, lui coupant la respiration et provoquant une flambée d’angoisse. Il avait déjà éprouvé cette sensation d’étouffement. Il ne savait plus ni où ni quand, mais il connaissait ce saisissement, ce souffle empêché, les oreilles qui bourdonnent, la truffe qui se vide des odeurs de l’extérieur pour s’emplir de sa puanteur paniquée. Et l’onde de plaisir butait contre l’onde de panique qui partait de sa truffe. Il montait et descendait dans l’eau, se faisait branler par les orteils de la maîtresse, noyer aussi. Le rythme impitoyable de la ballade chantonnée par la maîtresse l’affolait encore. Il avait peur, mais ne savait pas s’il craignait que ça s’arrête ou que ça continue.
Air, eau, air, eau, plaisir, angoisse, panique, plaisir, douleur, chanson, la maîtresse, l’eau, respirer, se noyer, jouir, mourir, avoir peur, avoir mal, regarder la maîtresse… tout s’emballait dans sa toute petite tête de chien.
Par contre, tout était très clair du côté de son bas-ventre. Ce que faisait le pied de la maîtresse à sa petite queue rose et pointue était bon. Très bon.
La petite bête, trempée, cramponnée à la jambe de la maîtresse, éjacula dans l’eau tiède, en silence, le museau sous l’eau.
Puis Sluttie fut ramené à la surface, la gueule ouvert et pleine de mousse parfumée.
La maîtresse ne sembla pas réaliser ce qui s’était passé à ses pieds. Le pénis du petit chien, dégorgé, désenflé, se libéra de l’interstice où il avait été piégé et le corniaud se retrouva à l’horizontale dans la baignoire pleine. En quelques coups de pattes, il se retrouva la tête posée sur le pubis de la maîtresse, le corps flottant entre ses jambes. Elle le caressa distraitement en continuant à chantonner.
Sluttie la regardait avec dévotion, le ventre un peu douloureux, un goût de savon sur la langue, la truffe pleine de l’odeur fabuleuse de la maîtresse. Oh, il ne pourrait jamais oublier son premier bain !
Le Stratège et le fantassin (Fin)
(1re, 2e, 3e, 4e, 5e, 6e et 7e parties)
Lisa.
Il y avait longtemps qu'elle n'avait pas été là, en ligne devant le jury, sans avoir aucune idée de ce que le verdict allait être.
Toutes les filles étaient là, en ligne, bien droites, tendues. Les mères, tantes et grands-mères étaient en coulisses, toutes aussi anxieuses. Les jurés prenaient leur temps, ajustaient leurs notes, sérieux et conscients de leur pouvoir.
La ligne de filles ne bougeait pas, entraînées à faire bonne figure, joli sourire et élégante sortie.
Même si la fin allait immanquablement s'avérer tragique pour la majorité d'entre elles, toutes allaient prétendre jusqu'au dernier moment qu'il s'agissait là d'une fantastique expérience, riche de leçons et d'amitiés nouvelles.
Elles étaient toutes en ligne, droites et tendues, attendant le verdict implacable. Qui allait quitter les rangs la première ? Qui allait être épargnée ?
La lumière des spots les fusillaient toutes. Aucune ne succomba. Elles avaient toutes le teint parfait, des traits adorables... Pas d'acné précoce, pas de petits visages chiffonnés. Nombreuses étaient celles dont le mascara avait légèrement coulé, mais les mères, les tantes et les grand-mères avaient joué du démaquillant pour effacer les traces de maquillage sur les jolis minois des petites filles.
Les petites étaient alignées selon leur ordre de passage, Lisa se trouvait à côté de la petite déesse indienne, mais surtout de son adversaire principale. Elles n'échangèrent ni regard ni sourire.
Un larsen fut le signal discordant que leurs souffrances allaient bientôt prendre fin : un micro circulait. Le président du jury s'en saisit. Les délibérations avaient été très difficiles, toutes les candidates avaient été exceptionnelles, le spectacle qu'elles avaient offert avait été d'une qualité rare, le baratin habituel.
Lisa n'oubliait pas de sourire. Les photographes mitraillaient toute la soirée et choisiraient le meilleur cliché des finalistes ou de la gagnante. Il fallait donc sourire et sourire encore, au cas où. Et quand elle en avait mal aux joues, elle souriait pour le cacher.
La deuxième dauphine fut une jolie métisse qui avait interprété une chanson de la comédie musicale inspirée du dessin animé « Pocahontas », de Walt Disney.
Pour la première fois depuis bien longtemps, Lisa eut vraiment peur du verdict. Elle n'avait pas fait le numéro qu'elle avait répété des semaines entières, elle n'avait aucun repère. Sa mère le lui avait dit et redit. On n'accédait pas à la première place par hasard. Jamais. Le travail était récompensé. Parfois. Mais talent ET travail était la combinaison gagnante.
Talent, travail et improvisation... Sa mère n'avait jamais abordé le sujet.
La première dauphine fut son adversaire principale, la jolie rousse à la voix de prunelle. Tout s'écroula pour Lisa. Elle pensait avoir au moins mérité la deuxième place. Elle eut envie d'aller aux toilettes. Elle n'allait même pas être sur le podium, tout ce qu'elle voulait, là, c'était s'effondrer et se vider sur une cuvette. Le retour en voiture avec sa mère allait être atroce.
Lisa souriait, souriait. Elle souriait jusqu'à refluer ses larmes, elle les sentait glisser, tièdes et épaisses, le long de ses sinus, couler dans sa gorge. Ses oreilles à moitié bouchées laissaient à peine passer le son des applaudissements du public pour la petite rousse. Et Lisa souriait parce que si elle se mettait à pleurer, tout serait pire.
« Lisa Johnson ! De la petite ville de... »
Mary.
Elle osait à peine l'espérer encore et ça y était ! Oui, son bébé avait encore gagné !
Bon, elle n'avait pas gagné avec sa chorégraphie, c'était une erreur, mais elle avait réussi un tour de force incroyable : son bébé avait senti le changement de vent et fait la seule chose qu'il y avait à faire. Et personne n'en saurait jamais rien sauf elles deux.
Et visiblement, son bébé n'en croyait pas ses oreilles. Lisa restait là, abasourdie, sans bouger. Les autres petites filles ravalaient leur déception et la regardaient ne pas avancer pour recevoir sa récompense.
Alors la mère fit ce qu'elle devait faire elle aussi. Elle s'avança sur la scène, juste quelques pas, et cria, un grand sourire aux lèvres « tu as gagné, mon bébé, tu as gagné ! »
Des rires couvrirent les applaudissements. Lisa avança enfin. La mère versa une larme parce que les photographes s'en prenaient à elle, après son cri de victoire... évidemment.
Lisa pleurait aussi. De bonheur, évidemment.
On lui remit sa couronne, son écharpe et son petit sceptre. Elle fut acclamée par le public et les autres candidates. Elle avait gagné.
La mère, en voyant sa petite en larmes, mais toute fraîche et toute belle, se dit qu'elle aussi, la prochaine fois, mettrait des faux cils au lieu de son mascara... Quelques flashes crépitaient encore dans sa direction. La prochaine fois, elle aussi serait impeccable.
Lisa saluait, entre sourire et larmes, l'orchestre reprenait les mesures de la chanson de Shania Twain qu'elle avait interprétée, le public applaudissait. Les autres candidates applaudissaient. Leurs mères aussi.
Debbie.
Il ne sortit pas en courant pour essayer de retrouver sa belle de nuit, elle ne le vit pas s'arrêter sous la pluie, à travers la vitre arrière de la voiture, tandis que le taxi s'éloignait. D'ailleurs, il ne pleuvait même pas.
Non, elle indiqua son adresse au chauffeur, qui démarra presque aussitôt. Elle se retourna quand même, juste pour voir. Il ne sortit pas en courant.
Le taxi roula, la déposa chez elle. Debbie paya la course, récupéra sa monnaie, rentra.
Il faisait froid et sombre. Elle alluma son petit chauffage électrique, fit chauffer de l'eau pour sa bouillotte. Elle se démaquilla rapidement, dans la pénombre, sans s'attarder devant le miroir. Elle glissa la bouillotte sous ses draps, se déshabilla pour enfiler une chemise de nuit bien chaude et poussa un soupir de bien-être en se couchant. Elle sentait encore son odeur sur elle, elle sentait même encore sa présence en elle. Ce soir, elle allait dormir avec son homme, qui l'avait appelée Debbie en lui faisant l'amour et dont elle ne voulait pas se rappeler du prénom.
Elle s'endormit un sourire aux lèvres
Lisa.
Son père avait déjà dîné quand elles étaient finalement arrivées à la maison. Elle avait dû poser pour de nombreux magazines, certains jurés avaient également tenu à la féliciter personnellement, ainsi que sa mère.
Son père avait deviné qu'elles avaient gagné et ne parut pas tellement surpris non plus de récupérer son téléphone en miettes. Il admira poliment son écharpe, sa couronne et son sceptre, puis retourna à son livre.
Lisa se sentait un peu grognon, elle ne voulut pas de la soupe ni de la tarte. Sa mère l'envoya se mettre en pyjama et lui apporta un plateau au lit : un lait chaud, une brioche nature et une pomme déjà épluchée et coupée en quartier. Elle but et mangea de bon cœur. La journée avait été longue, la lutte acharnée, l'issue incertaine... et finalement la victoire ! Aucune raison de se laisser aller.
Sa mère vint rechercher le plateau lorsqu'elle eut terminé de manger, déposa un baiser léger sur son front. Elle sortit et éteint la lumière. Alors seulement, Lisa réalisa combien elle était fatiguée. Elle aurait sûrement des courbatures. Porter des talons avait été excitant la première heure, mais franchement douloureux ensuite. Ses cheveux avaient été tellement tirées en arrière qu'elle en avait encore des élancements sur les tempes, ses oreilles bourdonnaient un peu et elle avait mal à la tête.
Dans la pénombre, le sceptre en plastique et la couronne à paillettes qu'elle avait remportés ne brillaient plus. Seul un côté de la couronne scintillait faiblement, grâce à la veilleuse allumée au-dessus de son lit, mais rien de très convainquant.
Sans savoir pourquoi, Lisa se mit à pleurer.
Le Stratège et le fantassin (7e partie)
(1re, 2e, 3e, 4e, 5e et 6e parties)
Elle écouta d'abord. On se lavait les mains en sifflotant. Elle sourit et poussa la porte des toilettes.
Son homme était courbé sur la vasque du lavabo, les cheveux un peu mouillés. Il venait de se rafraîchir ou de se recoiffer. Debbie trouva ça adorable. Il leva enfin la tête et la vit dans le miroir tout piqueté de rouille et de saleté.
Les néons étaient suffisamment recouverts de fumée de tabac et de crasse pour que la lumière soit un peu floue, mais surtout, ils étaient tous deux suffisamment ivres. Debbie sourit à son homme et s'avança. Il était surpris, mais il avait devant lui la femme qu'il draguait depuis plusieurs heures, il avait pissé, se sentait léger... alors il fit la seule chose qu'il lui restait à faire : il l'attira à lui pour l'embrasser.
Debbie mit assez de passion dans son baiser pour allumer un barbecue, comme aurait dit la vieille Dolly. Les braises étaient déjà bien chaudes et elle n'eut qu'à le pousser très légèrement en arrière pour qu'il comprit. Il la souleva et recula jusqu'au box du fond. Les chiottes à la turque du bar. Pas très romantique, mais spacieux.
Elle adora se sentir saisie par ses gros bras poilus et être déplacée par lui, emportée, enlevée... transportée. Mais quand il la plaqua contre le mur en continuant à l'embrasser et qu'il put ainsi libérer une de ses grosses pattes, elle prit peur. Il ne fallait pas qu'il la déshabille, il ne fallait pas qu'il fouille sous sa robe, il ne fallait pas qu'il prenne le contrôle.
« Attends, attends...
Il s'arrêta aussitôt. Le cœur affolé de Debbie se calma. Son homme avait l'air confus.
« Je t'ai fait mal ? Pardon. »
Il sembla réaliser qu'il la tenait à plusieurs centimètres au-dessus du sol et la reposa précautionneusement. La hanche de Debbie frôla son érection... Le cœur de Debbie refit une embardée. Elle voulait le voir, elle voulait le tenir, elle voulait le sentir, elle le voulait.
Elle sourit, l'embrassa tout doucement. Il lui rendit son baiser, bougeant très lentement la langue, mais respirant tellement fort et vite par le nez qu'elle sentait l'air qu'il expirait lui forcer les poumons. Elle sentait la puissance de ce grand type qui faisait attention à elle. Elle lui embrassa le cou, le creux des épaules, lui prit une main et lui embrassa la paume... Il ne bougeait pas, attendait. Il ressemblait au gros chien des parents de Debbie, quand il recevait les caresses d'un enfant. Pas bouger. Pas bouger. Le chien était mort. Les parents aussi. Pas penser.
Debbie glissa à genoux devant son homme. Pas bouger. Elle défit la boucle de sa ceinture, il lui prit la main.
Il ouvrit la bouche pour lui dire... et elle murmura « s'il te plaît. » Il referma la bouche. Ne bougea plus. Elle le poussa doucement contre le mur. Il se laissa faire et elle put enfin le voir, le toucher, le tenir et le sentir.
Mon Dieu...
A genoux devant son homme, sa queue bien en main, Debbie lui donna de l'amour avec sa langue, l'avala complètement, joua avec, détendit ses muscles, les laissa se révolter. Il gémissait, les yeux fermés. Elle savait bien ce que ça faisait... sa langue qui caressait la longueur de sa queue, sa gorge qui se resserrait autour du prépuce, sa main qui tenait fermement la base velue de son érection formidable. Elle avait la pulpe de son index gauche posée sur une veine et elle sentait battre le cœur de ce grand type, là, juste au bout de son doigt. Et avec son autre main, elle lui caressa tendrement les couilles, ses belles couilles toutes chaudes, toutes douces. Deux gros poussins dodus.
Bon Dieu qu'elle aimait ça, les avoir au fond de sa gorge, bien au chaud à l'intérieur, bien au creux de sa main aussi... Ils étaient si fragiles, si petits et si gigantesques devant elle. Et elle, elle était toute puissante et sans défense, à genoux devant ces hommes, qu'elle suçait toujours comme si c'était leur dernière pipe, à eux, leur pipe du condamné. Elle leur donnait toute son envie, tout son désir. C'était l'acte dans lequel elle pouvait tout leur donner, sans crainte de se trahir, sans avoir peur qu'ils ne glissent une main là où ils ne devaient pas, qu'ils aient des doigts au bout de leur queue et qu'ils comprennent qu'ils étaient là où ils ne voulaient pas.
Parfois, elle en restait là, ne faisait que leur donner, ne demandait rien, les faisait gicler dans sa bouche ou sur elle et recevait en échange des compliments stupéfaits sur son talent secret. Elle souriait et répondait timidement qu'elle adorait ça... puis elle disait qu'elle devait aller se remettre du rouge dans les toilettes des femmes et sortait du bar.
Mais certaines nuits, elle tombait sur un galant homme, un homme qui ne mettait pas ses mains dans la culotte des dames s'il n'y était pas d'abord convié. Un homme qui prenait ce qu'on lui offrait, mais ne cherchait pas à avoir tout ce qu'on ne lui proposait pas. Ces nuits-là, quand Debbie sentait le cœur de son homme au bout de ses doigts, elle avait envie qu'on lui offre davantage qu'un compliment sur son talent secret. Elle voulait qu'on lui donne aussi de l'amour. De l'amour bien dur et bien chaud, de l'amour qui va et qui revient, de l'amour qui souffle dans son cou et qui gémit sur son épaule.
Debbie le garda au fond de sa gorge le plus possible, elle accrocha ses mains à la ceinture de cuir de son homme et se hissa contre lui, caressant au passage sa queue majestueuse. Elle ne l'embrassa pas, certains hommes détestent sentir le goût de leur propre bite et veulent alors reprendre la direction des événements. Elle ne l'embrassa pas et se tourna en se levant. Sa robe verte de Debbie la boulangère, avec son décolleté dans le dos, lui permit de frotter sa peau contre la queue tendue. Elle la fit glisser le long de son dos, elle la sentit se prendre dans le tissu. Elle l'entendait respirer à petits coups. Elle aurait voulu vérifier ce qu'il regardait, mais c'était trop risqué. Alors, elle passa une main dans son dos, caressa la queue de son homme, puis releva sa robe tout en se cambrant jusqu'à enfin pouvoir l'embrasser, la tête en arrière. Il était si grand qu'elle sentait son menton à lui sur son nez à elle. Il allait probablement lui couper la respiration et elle allait certainement adorer ça.
Elle releva sa robe des deux mains, fit glisser le string chair en même temps qu'elle baissait sa culotte... Elle l'embrassait toujours, gémissait maintenant. Il se laissait faire, respirait toujours aussi fort, mais elle sentait son souffle se glisser entre ses seins... et elle trouva ça encore meilleur. Elle plaça la queue juste à l'entrée et recula un peu. Il comprit aussitôt le message et se redressa, concentré, mais toujours attentif. Il posa chacune de ses grosses pattes chaudes sur les hanches de Debbie et la pénétra lentement.
Elle respirait par le ventre, se détendait autant qu'elle pouvait, s'abandonnait contre le géant des toilettes. Son corps se recouvrit instantanément de sueur. Elle brûlait littéralement, ses petits cheveux collés à ses tempes. Elle apercevait les gros genoux de l'homme de chaque côté des siens. Il était si grand, il devait être tout courbé sur elle. Elle repensa au gros chien de ses parents. Elle était contente aussi d'avoir lubrifié son énorme queue avant de se la prendre dans le cul. Quand enfin elle sentit son ventre à lui contre ses fesses à elle, elle s'agrippa à ses grosses mains poilues, s'autorisa à lâcher dans un sanglot « Oh mon Dieu », les yeux fermés... Il s'arrêta de bouger aussitôt.
« Ca va ? »
Elle brûlait, mais sourit.
« C'est bon, c'est tout. Baise-moi, c'est de ça que j'ai besoin... Va doucement, mais baise-moi, s'il te plaît ».
Et il l'exauça.
Il y eut même un instant où elle ne toucha plus terre. Littéralement. A force de coups de reins, ils avaient avancé l'un derrière l'autre, comme dans une chorégraphie grotesque. Debbie s'était retrouvée face au mur, les deux mains plaquées contre le carrelage graisseux, les épouvantables et délicieuses mains de l'homme autour de sa taille la levèrent d'un seul coup, ses genoux à lui se déplièrent, il prit de l'ampleur, la porta à sa hauteur et continua à la baiser, ses talons à quinze centimètres du sol, son bassin collé au mur, plaquée contre, épinglée, enculée, baisée par ce mastodonte qui grognait au-dessus de sa tête.
Debbie jouit en gémissant... Elle sentit qu'elle éjaculait. Il jouit en lui disant merci et lui demandant pardon, tout à la fois. Et ils glissèrent, l'une empalée sur l'autre, sur le sol froid et odorant. Il ne la lâcha pas tout de suite et voulut la garder contre lui, entre ses grosses cuisses poilues, avec son jean aux chevilles. Elle rabattit soigneusement sa robe. Il ne voyait plus rien, de toute façon. Elle avait délicieusement mal à l'anus.
D'un seul coup, il la serra dans ses bras, l'embrassa tendrement... Elle se laissait complètement aller contre ce grand corps tout chaud. Elle sentait son sperme qui commençait à couler à l'extérieur. C'était doux, chaud et délicieux.
« Merci, Debbie ».
Ca allait être difficile de s'enfuir en le laissant derrière elle, ce grand type adorable, ce grand type qu'elle aurait volontiers surnommé Markus s'ils avaient pu vivre quelque chose ensemble. Un autre jour... dans un autre monde...
Ils restèrent encore quelques secondes enlacés sur le sol. Mais bientôt, les odeurs d'urines et de leurs sueurs devinrent envahissantes pour Debbie. Elle voulait se mettre ce souvenir au chaud, bien au chaud au creux de sa mémoire.
Elle se leva, remettant sa culotte et rajustant sa robe comme elle pouvait. Elle faillit perdre l'équilibre et il la rattrapa... Il était parfait. Toujours gentil avec elle, même après l'avoir enculée dans les toilettes des hommes. Elle aurait tant voulu rester avec lui, dormir avec lui, peut-être. Sans son autre secret, elle l'aurait même ramené chez elle, lui aurait préparé des œufs au petit-déjeuner, l'aurait embrassé au petit matin, malgré son haleine de bière...
« Je vais me remaquiller ».
Il sourit. Le cœur de Debbie fondit.
Elle sortit des toilettes pour hommes, abandonna un billet sur le comptoir, récupéra son sac et son manteau et courut vers la station de taxis.
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Le Stratège et le fantassin (6e partie)
(1re, 2e, 3e, 4e et 5e parties)
Debbie.
Debbie le vit avant qu'il ne la vit. De toute façon, elle aimait voir s'approcher l'homme avec lequel elle voudrait vivre quelque chose. Elle se méfiait toujours de ceux qu'elle ne voyait pas venir.
Plus jeune, elle se laissait draguer par des hommes qui la choisissaient sans qu'elle ne les ai forcément remarqués avant. Puis un soir, elle avait compris qu'elle faisait l'objet d'un pari entre copains. Elle avait réalisé qu'il se passait quelque chose de louche en voyant le peu de discrétion des copains de son chevalier servant. Jamais des hommes ne se comportaient ainsi avant que leur copain ait pu obtenir ce qu'il voulait de la fille. On riait après, pour ne pas ruiner les chances de celui qui s'était décidé. Là, ils se poussaient du coude, ricanaient bruyamment, on aurait dit qu'ils voulaient au contraire saborder l'entreprise de séduction.
Elle avait compris qu'ils voulaient surtout signifier à tout le bar qu'ils étaient n'étaient pas dupes des artifices « du travelo » et qu'au contraire, c'était lui qui se faisait avoir... Ce soir-là, Debbie n'avait pas échappé à un tabassage en règle. Certaines nuits, elle entendait encore les insultes qu'ils lui criaient et les coups de leurs lourdes chaussures de chantier. Elle s'était mise en boule, les bras autour de la tête et quand ils s'étaient arrêtés, visiblement essoufflés, pour aller fêter leur exploit autour d'une bière, elle était restée un moment dans cette position, incapable de bouger, avec une chanson de son enfance en boucle dans sa tête meurtrie, « Le petit hérisson ».
Sa perruque lui avait probablement sauvé la vie. Sans son épaisseur protectrice, ils lui auraient probablement défoncé le crâne.
Elle ne savait pas exactement ce qui l'avait trahie cette fois-là, mais après ça, elle était devenue pointilleuse sur le moindre détail de sa tenue, de son attitude, sur les intonations de sa voix et sur le choix de ses partenaires. S'ils se rendaient compte de quelque chose, elle voulait les avoir à l'œil au moment où ça arrivait. Certains restaient tout de même, ne disaient rien. D'autres devenaient agressifs. D'autres encore fuyaient, paniqués comme des lapins devant les phares d'une voiture.
Ce soir, l'inconnu était plutôt grand. Debbie aimait les hommes plus grands qu'elle. Elle les aimait grands, silencieux et une petite bedaine ne lui déplaisait pas... Mais elle n'avait pas toujours le choix et il lui fallait se méfier de son type d'hommes. Ils étaient plus grands et donc souvent plus forts qu'elle.
De plus, passé une certaine heure, elle pouvait aussi se laisser aller auprès de petits hommes frêles ou de vieux bonshommes trop bavards, pourvu qu'ils la prennent dans leur bras, l'embrassent et finissent par la plaquer contre un mur, emportés par le désir qu'elle était si heureuse de leur inspirer.
Son inconnu la remarqua assez rapidement. Elle était la seule femme au comptoir et les autres dans la salle étaient déjà accompagnées. Elle ne le regarda pas de manière provocante, ne détourna pas non plus les yeux trop vite. C'était un savant langage, pour signifier progressivement qu'elle était libre, mais pas non plus à la disposition du premier venu.
Il s'assit aussi au bar, laissant un tabouret entre elle et lui. Ce n'était plus qu'une question de temps avant qu'il n'engage la conversation. En attendant, Debbie buvait lentement, après avoir fait mine de fouiller dans son sac à main, pour pouvoir faire pivoter son corps vers l'inconnu. Elle jouait des ongles contre le pied fin de son verre à cocktail.
Il la regardait régulièrement. Elle le sentait jauger la marchandise, alors elle soignait la vitrine, se cambrait en écrasant sa cigarette dans le cendrier, souriait en faisant mine de consulter des messages sur son portable.
Le miroir derrière le bar l'aidait à jouer avec la lumière enfumée. Selon qu'elle penchait ou non la tête en avant, elle faisait apparaître ses yeux ou sa bouche. Elle pouvait aussi pencher la tête de côté pour que l'ombre souligne sa pommette et gomme son menton. Elle se sentait presque magicienne, créatrice d'un spectacle à usage unique, ombre et lumière... En fond sonore, du blue grass poisseux et les conversations parsemées d'éclats de voix d'une poignée de clients. L'inconnu restait seul et silencieux, tout comme Debbie.
Il observait cette femme seule dans ce bar minable.
Elle aimait cette attente. Elle aimait les timides parce qu'ils faisaient durer... même s'ils finissaient parfois par lui donner mal au ventre à force de l'observer en douce. Mais ils ne remarquaient jamais rien, ils rassemblaient juste leur courage avant d'oser l'aborder. Elle n'abordait jamais. Elle avait trop peur de faire un faux pas.
Cette fois, elle attendit deux heures. Un record. Un timide. Ou un indécis... En tout cas, un homme pour un bout de sa nuit.
La manière dont il établit le contact fut tout à fait classique. Il commanda un verre pour elle et chargea le barman de le lui offrir.
« De la part du monsieur au bar. »
Un Dirty Martini. Debbie fit un petit « oh » au barman, qui s'en foutait. Puis elle sourit à l'homme, levant son verre dans sa direction et buvant une petite gorgée. Il prit sa bière, se leva et vint lui demander la permission de s'asseoir à côté d'elle.
Un timide ? La plupart du temps, une fois le verre accepté, ils prenaient possession du tabouret de bar près du sien, certains qu'elle serait d'accord.
Ensuite, il suffisait à Debbie de remercier, de demander au monsieur s'il venait ici souvent... S'il répondait « oui », elle lui demandait ce qu'il faisait dans la vie (tout en prenant note de ne plus revenir dans ce bar), s'il répondait « non », elle lui demandait ce qui l'avait amené jusqu'à cet endroit. Elle accueillait ensuite toutes les réponses avec un intérêt tellement enthousiaste qu'elle n'avait presque plus besoin de relancer la discussion. Ils n'attendaient généralement que ça, qu'on les écoute, qu'on s'intéresse à eux... Certains semblaient gênés quand ils réalisaient qu'ils n'avaient fait que parler, généralement, ils ne s'en rendaient même pas compte.
Debbie préférait les premiers, mais les seconds étaient plus faciles à manœuvrer. Elle servait toujours la même histoire de femme malheureuse en mariage, sans enfant (les mères de famille qui vont draguer dans les bars réveillaient parfois un sens moral surprenant chez certains hommes). Mais elle n'avait pas tellement envie de parler de ça, si ça ne vous dérange pas.
Ca ne les dérangeait pas.
Cet homme-là, timide ou indécis, ne fit pas exception. Il était de passage. Il avait été envoyé là par son entreprise, pour acheter des poutres métalliques... Debbie l'avait écouté, surtout occupée à le regarder, à jouer de ses longues jambes et à poser des questions à intervalles réguliers. Au début, il regardait son verre, sa grosse patte posée dessus. Il avait les phalanges très poilues.
Il bougeait frénétiquement sa jambe gauche. C'était son seul signe de nervosité. Debbie imaginait les muscles de ses cuisses, la peau de ses cuisses... sûrement velues elles aussi. Debbie en avait mal au bas-ventre par moment. Alors elle se concentrait sur les histoires de poutres métalliques, d'import-export, de commercial n'y connaissant rien en technique et proposant n'importe quoi et lui faisant perdre son temps.
Il entrait dans les détails, content de parler de sa journée, Debbie rit même à un moment. Tout de suite après, il lui offrit un second Dirty Martini. Elle minauda qu'elle allait finir par être ivre. Il répondit « mais non »... puis marmonna qu'il la ramènerait chez elle... Elle ne répondit pas, mais accepta le verre. Il ne la ramènerait pas chez elle, son époux dont elle voulait se séparer s'y trouvait. Alors, il voudrait peut-être la ramener à son hôtel. Mais elle ne rentrait jamais avec eux. Elle ne passait même jamais une nuit entière avec eux. Elle était Cendrillon, qui se transformait après les douze coups de minuit. Elle était un mirage qui ne survivait pas à la lumière du jour.
Lui continuait à boire de la bière.
L'ambiance du bar se modifiait avec la nuit. Les clients qui restaient n'étaient souvent plus en état de repartir de toute façon. Le volume sonore augmentait. Il ne restait plus qu'une petite heure avant la fermeture...
Debbie faisait durer son cocktail. Lui avait déjà terminé sa pinte. Elle tint à lui en offrir une autre. Il lui sourit, remercia poliment. Il n'avait pas l'air ivre du tout, mais semblait quand même un peu plus détendu. Il trinqua avec elle, bu à grandes lampées (ce qui la troubla au moins autant que ses cuisses) et s'excusa. Il devait aller aux toilettes.
Forcément, après trois pintes... Elle attendit quelques secondes et se leva à son tour. Elle avait chaud, elle avait bu et il était un rêve de Debbie : grand, gentil, poilu, solide, la traitant comme une dame, posant peu de questions.
(La suite ici.)
Le Stratège et le fantassin (5e partie)
(1re, 2e, 3e et 4e parties)
Debbie.
Le taxi la déposa devant le bar. Le chauffeur lui avait donné du madame sans sourciller. Première victoire. Même si elle n'avait aucun doute sur son apparence. Elle avait bu son deuxième cocktail chez elle, une fois prête à sortir, de nouveau laissé une trace sur son verre, puis avait remis du rouge sur ses lèvres.
Elle avait une dernière fois vérifié que tout était impeccable : ses yeux ombrés sous la frange auburn de sa perruque, le vernis posé (ne pas peindre les bords de l'ongle faisait paraître ceux-ci plus étroits et affinait ses doigts), la robe enfilée, les bas ajustés, ses talons aux pieds. Elle était une boulangère un peu trop apprêtée. Mais réellement attirante.
Elle avait affuté son jeu de jambes devant le miroir, son verre à la main. Ses bas nylon étaient imprimés de plumetis, minuscules mouches noires prises dans le voile arachnéen, qui bruissait si joliment quand elle croisait et décroisait ses longues jambes. Plus tard, sur son tabouret de bar, la musique couvrirait ce murmure troublant, mais chez elle, il faisait partie du plaisir qu'éprouvait Debbie à se séduire elle-même, face à son reflet nocturne. Elle était la femme qu'elle voulait être.
Quand elle ouvrit la porte, la chaleur et la musique lui sautèrent au visage. La pénombre l'accueillait avec sa bienveillance habituelle. Elle s'avança lentement vers un des tabourets collé au comptoir. Tous étaient encore libres, à part celui sur lequel était affalé le même vieux type alcoolique. Chaque fois que Debbie venait dans ce bar, elle voyait ce pauvre vieux, qui semblait toujours au bord du coma et ne donnait signe de vie que pour commander un autre verre de bière.
Ce soir, le barman était le grand type maigre et plutôt taiseux. Debbie avait entendu une fois qu'il s'appelait Dave. Elle avait une dizaine de bars dans lesquels elle se rendait le week-end. Elle ne voulait pas devenir une habituée, elle ne voulait pas être quelqu'un d'autre que cette femme qu'on voit quatre ou cinq fois par an, qui levait parfois un type de passage... Elle buvait toujours plusieurs cocktails un peu coûteux, laissait généralement un pourboire correct, ne faisait pas d'histoires. Elle était donc une cliente plutôt appréciée.
Elle posa son sac sur le comptoir, commanda un Dirty Martini et croisa ses jambes, qu'elle cala contre le bois dur. Elle posa sa marque rouge sur le rebord du verre, vérifia ses lèvres une première fois. Et l'attente commença.
Lisa.
Quand elle quitta la scène, son cœur se remit à cogner à contre-temps dans sa poitrine. Mais sa mère l'accueillit avec une expression où le soulagement dominait. Elles s'étreignirent, échangèrent compliments et remerciements et filèrent en coulisses pour préparer le défilé final.
Lisa ne refit jamais ce numéro.
(La suite ici.)
Le Stratège et le fantassin (4e partie)
(1re partie, 2e partie, 3e partie)
Debbie.
Debbie avait presque terminé de se peindre. Des yeux agrandis, des paupières fumées... elle avait ajouté de longs cils bruns, un à un, avec une pince. Un travail d'orfèvre qui lui faisait un regard de biche, à la fois doux et troublant. L'effet était un peu excessif en pleine lumière, mais dans la pénombre de son bar, ce serait parfait.
Elle s'habillait toujours avant de mettre son rouge à lèvres. Sinon, immanquablement, elle maculait le tissu d'une traînée rouge, rose ou orangée.
Debbie enfila son string de coton couleur chair, une taille en dessous de la sienne. Il s'agissait de camoufler ce qu'elle avait entre les jambes, y compris si à un moment elle devait se retrouver en sous-vêtements. Elle plaqua fermement son pénis contre sa peau, remonta la ficelle du string le plus haut possible, fit un nœud solide qu'elle glissa dans son anus et vérifia le résultat dans le miroir, se tenant de profil. Aucun renflement suspect.
Elle s'était choisi un ensemble de dentelle orange. Un shorty qui lui faisait la fesse rebondie et un soutien-gorge armé de coussinets de gel. Normalement, elle ne montrait jamais plus que la naissance de son décolleté, préférant de loin retrousser sa robe. Une fois, un amant avait remonté son soutien-gorge par dessus son absence de seins. Elle avait complètement paniqué... Depuis, elle avait appris à les amener là où elle les voulait, au lieu de se laisser manipuler.
De toute façon, même avec des coussinets de gel dans les bonnets de son soutien-gorge, elle n'attirerait jamais un amateur de grosses poitrines. De nouveau de profil, c'est son fessier qu'elle tendait vers le miroir pour juger de l'effet rendu. Si elle avait eu une « vraie » paire de seins, elle l'aurait confortablement installée dans un de ces « bullet bras », chers aux années 50, que sa mère avait parfois portés. Debbie ne l'avait jamais vue avec, mais les avait aperçus sur le fil à linge.
Sa robe n'était pas moulante, mais tout de même bien ajustée. Elle savait désormais choisir les coupes qui la mettait en valeur : taille serrée par une ceinture, décolleté dans le dos, une longueur qui découvrait suffisamment de jambes...
Elle savait aussi que les plis du tissu sous la ceinture devaient plutôt être faits sur les côtés de la robe que devant. Debbie avait le ventre plat et manquait un peu de hanches. Et elle savait se tenir comme il le fallait, assise sur son tabouret de bar, les fesses installées un peu loin du comptoir, les épaules en arrière... Debout, ses hauts talons lui donnaient la cambrure désirée.
Pour le moment, elle allait rester pieds nus. Il lui fallait mettre son rouge à lèvres et son vernis à ongles.
Comme toujours, elle se prépara un verre. Un joli verre à cocktail, un doigt de vermouth, une rasade de vodka, une olive verte et un peu de saumure.
Elle prit une petite noisette de cold-cream et frotta doucement ses lèvres. Elle massa jusqu'à ramollir les petites peaux sèches qui se seraient ensuite décollées sous le rouge à lèvres. Ensuite, avec le coin de sa serviette de toilette, elle retira ces petites peaux, massa de nouveau ses lèvres avec la cold-cream. Elle attendit un peu, disposant à portée de main le vernis assorti à sa future bouche, un paquet de coton-tiges et un flacon de dissolvant.
Elle essuya doucement la crème qui n'avait pas été absorbée par ses lèvres et appliqua avec soin la première couche de rouge orangé. Elle se souriait. Elle attendit de nouveau, que le rouge sèche, que la couleur se fixe, puis passa une seconde couche. Elle fit ensuite ce qu'une vieille routière du travestissement lui avait appris il y avait des années de cela.
Elle avala son majeur droit jusqu'à la seconde articulation, referma la bouche sur sa propre peau, les yeux plongés dans leur reflet, et ressortit son doigt, la bouche toujours fermement soudée au majeur. Sur la peau, deux traces de rouge.
« La meilleur manière d'éviter de leur barbouiller le pinceau » avait dit la vieille Dolly.
Debbie s'était longtemps demandé si elle ne s'était pas tout simplement moquée d'elle, mais elle n'avait pas trouvé meilleur moyen d'éviter d'avoir du rouge à lèvres sur les dents. Et ce geste faisait partie de son rituel.
Elle se sourit, la tête rejetée en arrière, se fit un clin d'œil discret et bu sa première gorgée de cocktail. Elle reposa son verre de manière à avoir sous les yeux la trace de rouge sur le fin rebord.
Il lui fallait désormais affûter ses griffes et les peindre.
Lisa.
Lisa sentait son cœur battre très exactement au creux de son estomac. Elle avait l'impression qu'il était allé se réfugier plus bas dans son ventre. Elle savait que c'était faux, qu'il était à sa place, vers la gauche. Et puis elle le sentait aussi battre dans son cou et derrière un de ces genoux, celui qui était légèrement plié. C'était sa pause de départ.
Le téléphone de son père à la main, la tête un peu penchée, une main pianotant sur sa jupe, la pointe du pied gauche comme plantée dans la scène. Elle était une minuscule working-girl qu'on avait mise en attente.
Les premières mesures la libérèrent.
Son cœur redevint un bon petit soldat, il se remit aussitôt à battre au bon tempo, à envoyer le carburant rouge dans les bonnes artères, à alimenter la parfaite machine à show qu'était Lisa sur scène.
Comme à l'accoutumée, après quelques secondes, les yeux de Lisa s'étaient habitués à la lumière violente des projecteurs et elle pouvait alors jouer avec les jurés, voir leur expression et accrocher leur regard.
Et ce qu'elle vit n'était pas à la hauteur de ce qu'elle avait espéré. La grosse dame affichait un visage impassible, un des messieurs avait même relevé un sourcil. Pas un ne battait discrètement la mesure. La chanson durait un peu moins de 4mn, il fallait faire vite.
Lisa décida de risquer le tout pour le tout et pris le contrepied total de la scénographie que sa mère avait élaborée. Au lieu de glisser le téléphone portable dans la poche de son tailleur, elle s'en débarrassa d'un geste désinvolte. Le téléphone vola par-dessus son épaule.
Il était certainement assuré, son papa assurait tout et n'importe quoi. Et il s'agissait ici de sauver ce qui pouvait encore l'être, alors peu importait un téléphone.
Son cœur battait de nouveau de manière désordonnée, mais elle continuait à chanter et sourire. Rien ne transparaissait en surface.
Elle ôta ses chaussures, des parodies d'escarpins à petit talon, profita d'une petite pause entre le couplet et le refrain pour faire éclater son rire enfantin et joua son va-tout.
« Oh, oh, oh, go totally crazy-forget I'm a princess
Pink shirts-short skirts
Oh, oh, oh, really go wild-yeah, doin' it in style
Oh, oh, oh, get in the action-feel the attraction
Color my hair-do what I dare
Oh, oh, oh, I wanna be free-yeah, to feel the way I feel
Mom! One day, I'll be a woman! »
Et tout en changeant volontairement les paroles de la chanson, elle sautait à cloche-pied sur scène, simulant une marelle innocente, au lieu de la chorégraphie si adulte que sa mère et elle avaient répétée durant des semaines.
Le changement de stratégie fut immédiatement payant. Elle vit des sourires gagner les visages sévères des jurés, il lui sembla même qu'un murmure attendri montait du public.
Soulagée, elle poursuivit. D'autres paroles lui venaient spontanément, elle-même ignorait qu'elle était capable d'improviser. Seule la chorégraphie commençait à lui poser problème. Elle n'allait tout de même pas jouer à la marelle durant les 3mn qui restaient encore. Elle savait que si quiconque soupçonnait qu'elle avait pris l'initiative de changer tout son numéro une fois sur scène, elle perdrait toutes ses chances.
Pour le moment, elle sautillait en chantant, les mains derrière le dos, comme les adultes imaginent que font les petites filles, même les adultes comme la grosse dame, qui n'avait jamais dû sautiller de sa vie, Lisa en aurait mis sa main à couper.
Elle ne pouvait pas faire des figures de gymnastique rythmique ou acrobatique avec sa jupe serrée et sa veste ajustée... et si elle ne trouvait pas vite quelque chose à faire, l'angoisse allait en plus altérer la puissance de sa voix, qui pour le moment créait encore la surprise.
Et d'un coup, elle sut. Elle n'avait pas le choix, de toute façon. Pour faire quelque chose de valable sur scène, elle devait de toute manière se désincarcérer de son costume. Alors elle mit ses poings sur son absence de hanches, elle pencha la tête avec une petite moue agacée, les sourcils froncés, adorable cependant (elle avait répété devant le miroir toute une palette d'expressions et elle savait que celle-ci convenait). Elle opéra une volte-face rapide, puis défit le plus rapidement possible les boutons de sa veste, qu'elle ôta d'un mouvement énergique, les deux manches en même temps. Rien de sensuel, rien de maladroit. Tout semblait sous contrôle. Elle se remit face au public et tout en chantant, tortilla le vêtement sans le lâcher, les deux mains au-dessus de sa tête. Ensuite, ce fut facile : elle utilisa la veste comme une corde à sauter et enchaîna toutes les figures que lui permettait cette foutue jupe droite. Autant dire pas énormément, mais il lui sembla que l'illusion fonctionnait.
Des spectateurs commencèrent à battre des mains.
(5e partie...)
Le Stratège et le fantassin (3e partie)
(La première partie est ici, la deuxième partie plutôt par là.)
Lisa.
Encore sept candidates avant son tour. Lisa faisait mine de patienter tranquillement. Sa mère et elle n'avaient pas besoin de parler pour échanger leurs avis sur les autres concurrentes. Il y avait beaucoup de nouvelles, ce soir, beaucoup de gamines venues de petites villes également. Mais aucune adversaire sérieuse surprise, aucune, en dehors de celles qu'elles avaient déjà débusquées en coulisses.
Il y avait même une pauvre petite que sa tante ou sa grand-mère (la petite l'appelait « Titoune », alors impossible de savoir) avait déguisée en paysanne et lui avait fait chanter une comptine ! La gamine était tout à fait charmante, mais les applaudissements à peine polis qui avaient salué sa performance n'avaient laissé aucun doute au duo : elle n'avait aucune chance d'atteindre le podium.
Elle était pourtant mignonnette, même de l'avis de Lisa.
Si le visage de la petite paysanne affrontait la lumière crue des spots sans problème, on ne pouvait pas dire la même chose de son pauvre costume... Il semblait été loué dans un magasin de déguisements au rabais. Même au-delà des premiers rangs, on pouvait voir qu'il s'agissait d'une robe qui avait déjà été portée de nombreuses fois. Les coutures étaient lâches, le plastron était déformé, les couleurs défraîchies. Et quand la petite faisait ses petits pas de danse ridicules, le tissu bougeait mollement. Pas de charmant tourbillon de jupe, pas de reflets pailletés... La candidate était jolie, savait son texte, chantait bien, mais cela était loin de suffire pour espérer gagner la bataille !
Lisa le savait, si sa mère avait eu l'idée saugrenue de la déguiser en paysanne, elle aurait été une paysanne de conte de fée, dans un costume neuf, plein de détails originaux, elle aurait eu un panier avec de vrais fruits à distribuer ensuite en coulisses (en prenant bien garde de se faire remarquer d'un membre officiel de l'organisation, que les jurés aient une chance d'entendre parler de cette scène attendrissante)...
Elle se désintéressa des autres candidates jusqu'à la prestation de la jolie rouquine qui était à côté d'elle durant les préparatifs. Sa chanson était un standard country classique, « Holes In The Floor Of Heaven ». Les paroles avaient été écrites pour un interprète masculin. Elle les chantait telles quelles, mais elle avait présenté son choix en expliquant que c'était son grand-père qui lui avait appris cette chanson. Lisa n'en croyait pas un mot, mais l'impact sur le jury se fit évident au fil des couplets.
La voix de la petite rousse, innocente et fraîche, se faisait progressivement un peu râpeuse, comme brisée par l'émotion, plus mature, parfaitement en phase avec les paroles.
« One day shy of eight years old,
When grandma passed away.
I was a broken hearted little boy,
Blowing out that birthday cake.
How I cried when the sky let go,
With a cold lonesome rain.
My mom smiled, said : Don't be sad child.
Grandma's watching you today. »
Elle était une petite fille avec de grands yeux noisette, qui reprenait naïvement la chanson que lui avait apprise son grand-papa, probablement un vieux monsieur aux yeux noisette, qui repensait à son premier deuil, lorsque lui-même n'était qu'un petit garçon innocent, couvert de taches de rousseur...
« Seasons come and seasons go,
Nothing stays the same.
I grew up, fell in love,
Met a girl who took my name.
Year by year, we made a life,
In this sleepy little town.
I thought we'd grow old together,
Lord, I sure do miss her now. »
Sa voix devint presque rauque (mais parfaitement dans le ton)... elle avait peut-être perdu son grand-papa aux yeux noisette et chanter ce couplet lui rappelait qu'il lui manquait. Même Lisa se posa la question. Et réalisa le danger que pouvait représenter la concurrente rousse.
« Well my little girl is 23,
I walk her down the aisle.
It's a shame her Mom can't be here now,
To see her lovely smile.
They throw the rice, I catch her eye,
As the rain starts coming down.
She takes my hand ; says : Daddy don't be sad,
'Cos I know Mama's watching now. »
Lisa ne quittait plus le jury des yeux. Elle avait surtout peur que la grosse dame ne se mette à pleurer pour de bon. Surtout que maintenant, la voix de prunelle suggérait qu'en plus de son grand-papa, la petite était aussi privée de sa grand-mère !
Une hécatombe, dans cette famille de rouquins.
Une petite bouteille d'eau apparut devant Lisa. Sa mère, comme toujours, lui apportait un peu à boire avant sa prestation. Une paille dépassait du goulot : pas question d'abîmer le rouge à lèvre avant son passage sur scène.
Lisa jeta un coup d’œil rapide sur sa mère. Son visage fermé confirma ce qu'elle pensait.
La paille dans la bouche, elle ne pouvait pas s'empêcher de fixer la grosse dame. Lisa ne connaissait pas cette chanson, mais elle craignait le pire pour le dernier couplet.
«And there's holes in the floor of Heaven
And her tears are pouring down.
That's how you know she's watching,
Wishing she could be here now.
An' sometimes when I'm lonely,
I just remember she can see.
Yes, there's holes in the floor of Heaven,
And she's watching over you and me. »
Elle avait eu bien raison. L'autre avait avait gardé une cartouche pour la fin : elle leva son petit visage vers les spots, désigna le faisceau le plus puissant et, un sourire mélancolique sur les lèvres, termina sa chanson d'une voix redevenue douce et enfantine. Il y a des trous dans le plancher du paradis... Tu parles !
Il y a des spots qui éclairent les paillettes de ton ombre à paupières, ma vieille, et la grosse dame en a un sourire tout attendri.
Il allait vraiment falloir mettre le paquet, Lisa le savait. Cette fois, la barre avait été placée bien haut et atteindre la première place n'avait rien d'une promenade de santé. Si la petite ne doutait pas, sa mère se demandait si son choix de chanson n'avait pas été un peu trop audacieux, cette fois. Elle aussi avait bien regardé les réactions du jury et elle craignait que le numéro apparemment classique de la petite aux taches de son ne rassure davantage que Shania Twain...
Le Stratège et le fantassin (2e partie)
Debbie.
18h30. Debbie avait posé sur son lit la pile de magazines, tous ouverts à la bonne page : tutoriels, plans d'attaque, conseils en tout genre. Le visage sérieux, elle ouvrit sa mallette à postiches, brosses, pinces et laques, son vanity de maquillage et installa son miroir en pied face à elle. Il était bancal, alors elle le cala avec le même vieux livre que les fois précédentes, « Le Stratège et le fantassin ». Elle ne savait plus d'où il venait, mais il avait exactement la bonne épaisseur.
Tout était prêt.
Le bar où elle se rendait était à une heure de route environ, mais il était inutile d'y aller avant 22h.
Son peignoir grand ouvert, elle inspecta ses jambes de près : pas un seul poil n'avait été oublié, jusqu'en haut de ses cuisses. Son sexe était entièrement lisse. Chaque jour, armée d'une pince à épiler, elle y traquait le moindre duvet avec une férocité impitoyable. Elle vérifia tout de même.
La peau de son visage lui prit plus de temps. Elle tira sur ses joues, leva le menton et, les sourcils levés, les yeux écarquillés, constata, satisfaite que tout allait bien également de ce côté-là. Avec le maquillage de théâtre qu'elle s'était offert, elle aurait l'air d'avoir eu la main un peu lourde sur le fond de teint et la poudre, mais personne ne remarquerait qu'elle avait de la barbe.
Debbie accrocha un spot lumineux au rebord de son miroir. Il s'agissait d'obtenir un maquillage chargé, mais précis. Rien de trop pailleté, du mat, des jeux d'ombres et de lumières. Elle savait depuis bien longtemps se faire l’œil de biche, mais dissimuler sa pomme d'Adam lui demandait encore parfois plusieurs essais.
Ce soir, elle avait envie de porter sa robe verte. La jolie robe verte, dos-nu, qui lui faisait une allure de liane peut-être un peu trop musclée des épaules, mais au fessier qu'on a envie de palper, d'empoigner... la robe aux promesses. Debbie avait besoin d'amour, ce soir.
Ou, du moins, Debbie voulait qu'un homme lui fasse la comédie de l'amour pour avoir ce qu'il voulait. En échange, elle était prête à jouer la femme naïve, la femme désespérée... celle qu'on appelle une princesse jusqu'à ce qu'elle se mette à genoux devant vous et qu'on méprise pour vous avoir donné ce que vous avez réclamé.
Elle sourit amèrement... elle était cette femme désespérée.
C'était vendredi. Elle attendait ça depuis le dimanche soir, chaque semaine. Le moment à la fois laborieux et magique, où Peter, manutentionnaire à temps partiel, devenait Debbie, la petite fée trapue et tragique... jolie quadragénaire au divorce triste... gentille chômeuse aux nuits mornes...
Il n'y avait qu'un seul rôle que Debbie ne voulait pas endosser, c'était celui de pute au grand cœur. Elle ne voulait pas monnayer, elle voulait s'offrir. Et surtout, elle ne voulait pas mettre son cœur dans la balance.
La robe verte était la robe de Debbie, la boulangère... celle dont les épaules un peu fortes portaient des plateaux remplis de pâtisseries. Celle qui riait si on lui faisait une plaisanterie de plus sur les miches de la boulangère... Debbie, pas très belle et plus très jeune, mais encore fraîche et bien généreuse, « bonne comme du bon pain »...
La petite bonne femme du bout du bar, celle qui a un peu trop bu, qui a essayé de se faire jolie, celle qu'on va remercier de son effort... celle qu'on sent pas feignante sous le bonhomme. Celle qui suce bien. Celle qui se laisse enculer, mais à qui on ne claquera pas les fesses trop fort.
Debbie aura ce soir les cheveux courts et châtains. Elle étale sur sa courtepointe les fards et pigments assortis au doux marron de ses yeux et au vert profond de sa robe. Des couleurs chaudes et discrètes pour les yeux, un rouge orangé éclatant pour la bouche.
Lady danger. Le nom du rouge à lèvres lui avait presque davantage plu que sa teinte. Comment ne pas se sentir « femme fatale » avec des fards se proclamant « fleur du mal », « Love is a battle » ou « Panther glitter » ?
Elle commença par le teint, comme toujours. Elle étala son fond de teint professionnel, très couvrant. Crème, poudre, blush... un masque impeccable, qui donnait l'illusion d'un teint parfait, pourvu que la lumière ne soit pas trop vive. La pénombre de ses bars favoris était son meilleur atout pour dissimuler l'ombre qui revenait hanter ses joues au petit matin.
Mais si elle atteignait son objectif, au petit matin, elle serait de retour chez elle, repue et victorieuse.
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